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Le même jour, en ville, je rencontrai Symmington.
— Je suppose, dis-je, qu’il n’y a pas d’inconvénient à ce que Megan reste avec nous pour quelque temps. C’est une compagnie pour ma sœur qui, privée de ses amis, se trouve un peu seulette…
— Megan ?… C’est bien d’elle que vous parlez ?… Oh ! C’est très gentil à vous de l’héberger !
À partir de ce moment, j’éprouvai pour Symmington une antipathie que je ne devais jamais surmonter. Il était clair qu’il avait complètement oublié Megan. Je ne lui aurais pas fait grief de ne pas l’aimer, je ne pouvais pas admettre qu’il l’ignorât. Il y a des gens qui n’aiment pas les chiens et qui tolèrent cependant la présence d’un chien dans leur maison. Ils s’aperçoivent de son existence quand il leur vient dans les jambes et, selon l’occasion, ils sacrent ou lui donnent une vague caresse. Les sentiments de Symmington pour Megan étaient du même genre. Je lui en voulais beaucoup de son indifférence.
— Qu’avez-vous l’intention de faire d’elle ? demandai-je.
— De Megan ?
La question le laissait abasourdi.
— Mon Dieu ! fit-il, après un instant, rien ! Elle continuera à vivre à la maison. En somme, elle est chez elle…
Ma grand-mère, que j’adorais, chantait souvent, s’accompagnant elle-même à la guitare, de vieilles chansons d’autrefois. L’une d’elles se terminait ainsi :
Mon cher amour, je ne suis de nulle part,
Je n’ai pas de foyer, pas de maison,
Ni sur la mer ni sur la côte !
Il me suffit d’être dans ton cœur !
C’est en fredonnant ce refrain que je rentrai à la villa.